Le Teatr Piba est une compagnie professionnelle basée à Brest. Sa création, en 2009, est la suite logique des rencontres et de collaborations de différents artistes comédiens, musiciens, metteurs en scène ayant en commun la langue bretonne que les parcours croisés et les expériences partagées ont conduits à un même désir: un théâtre en breton, contemporain et vivant.

PIBA est un mot laotien qui signifie 'littéralement' esprit fou
phi [pi:] est un nom commun : esprit (esprit des ancêtres ou esprit des bois par exemple)
ba [ba] est un adjectif: fou
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Pour évidente qu'elle soit, cette rencontre et ce désir suscitent de réels et sincères questionnements sur les enjeux posés par la création d'une compagnie de théâtre professionnelle en langue bretonne en 2010: Quel public visons-nous? Du breton, oui, mais quel breton ? Quelle place peut avoir un public non brittophone dans une telle création? Et plus largement encore, peut -on faire le pari d'une création en langue bretonne qui 's'exporte'? En s’interrogeant plus largement sur la place et sur l'intérêt d'une création en langue bretonne aujourd'hui, d'autres questions essentielles -et plus polémiques- peuvent se poser : En avons-nous fini avec les polémiques poussiéreuses sur le repli identitaire, sur l'amateurisme suspecté de l'expression théâtrale en langue bretonne ? Comment assumer l'héritage de 30 ans de militantisme ? L'engagement est-il compatible avec une exigence artistique? A mesure que se posent les questions commence pourtant à apparaitre un autre point formel d'accord: nous plaçons nos exigences et objectifs au niveau artistique en premier lieu, sans dénier l'importance d'un travail sur la langue, et nous souhaitons travailler dans une perspective créative contemporaine ouverte.

"La bretonnité" a revêtu trois grandes formes qui prédominent l'une après l'autre, avec de larges plages de concomitances dans le temps et dans l'espace: "à l'identité contestée qui prévaut au départ, s'oppose, en réaction, une identité revendiquée avant que n'émerge de façon plus sereine, une identité créatrice, aujourd'hui indéniable".

Michel Denis dans 'Dictionnaire de l'histoire de la Bretagne' Skol Vreizh, cité par 'Kuzul Sevennadurel Breizh'.


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«L'autarcie culturelle et raciale est une marche à la mort. Elle est tout aussi irréalisable que son contraire, une culture mondiale uniforme.»

Jean-Claude Carrière

Dès lors, les objectifs de la compagnie semblent se dessiner plus nettement: car, au delà du défi posé par l'utilisation d'une langue minoritaire -avec tout ce qu'implique un tel postulat-, nous souhaitons interroger une époque qui, dans un contexte politique et social difficile, semble plus favorable à un nivellement culturel global qu'à l'émergence de particularismes et à la subsistance de formes artistiques singulières -voire, subversives-. Pourquoi alors est-il si important de faire entendre les voix des minorités, tout en assumant parfaitement la réalité et la richesse des métissages et des échanges? Cultures minoritaires, aujourd'hui, qu'est-ce que ça veut dire ? D'où venons-nous? Que sommes-nous? Européens? Français? Bretons en exils? Etrangers en Europe? En transit? En rétention? Les questions sont posées. Et c'est au travers d'un travail à partir d'auteurs tels que Youenn Gwernig ou Mike Kenny, dans les choix de thématiques des créations - Eden Bouyabes Kabared, création 2010- qu'elles se reflètent.


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Les premiers chantiers de créations du teatr piba posent les bases d'une ligne artistique mouvante, polyforme... revendiquée comme telle. Ils soulignent l'importance du travail sur un univers poétique qui nous est propre, un univers singulier... et dont les références empruntent aussi bien au théâtre qu'au cinéma, à la musique, à la bande-dessinée, à la poésie... à la littérature enfin.

Un travail avec des comédiens, musiciens, danseurs, plasticiens doit nous permettre d'évoluer sur cette frontière mouvante à mi-chemin du cabaret, du théâtre, de l'opérette ou de formes plus contemporaines, dans lesquelles l'objet même du 'dialogue' avec le public peut-être source de création. Mais aussi d'explorer les ponts qui permettent d'aller vers des formes dépassant le problème posé par la langue. Inter-compréhension.

* mettre en scène le processus de création.

En donnant à voir notre travail sur le texte, au cours de répétitions, en les mettant en scène pour le déconstruire en quelque sorte, nous choisissons d'accorder une place particulière à la continuité de l'action artistique, et notamment par des confrontations avec un public à tous les stades de la création.

* chœurs

Nous faisons du travail sur le chœur, sur le corps et la voix de l'acteur les éléments essentiels de notre ligne, précisément parce qu'ils contiennent en germe nos questionnements, qu'ils constituent une transposition claire et puissante des questions d'identités. Chœur & histoire chorale, du singulier au collectif transposés au plateau. La puissance du chœur, comme pour mieux faire entendre les voix singulières, les petites histoires, chaque petite voix.

* mettre en scène les langues

La langue, les langues - bien sûr, sont au cœur de notre travail. Tout d'abord, parce que la langue bretonne, nous en sommes convaincus, est porteuse d'un imaginaire, d'une certaine vision poétique du monde, qui témoigne encore d'un lien "privilégié" avec les éléments & la nature. Par ailleurs, parce qu'elle cultive de fortes particularités dialectales, la langue bretonne appelle sans cesse un à travail sur les musicalités, les rythmes, des prosodies particulières, dont la richesse de la création musicale bretonne peut témoigner. Mais également en ce qu'elle pose selon nous un véritable défi: comment donner à entendre ce théâtre au delà des frontières -réelles ou plus abstraites- fixées par la langue -la fameuse ligne Loth-? Car comment mettre en scène, en effet, la restitution d'une parole, d'une dramaturgie, en dépassant des formes qui pour être "efficaces" -sur-titrage, oreillettes proposant une traduction "simultanée"-, n'en sont pas moins froides, voire chirurgicales, lorsqu'elles se rapportent au spectacle? Le défi à relever ici est-il donc technologique? Artistique? Linguistique? L'énergie, le corps et la présence de l'acteur peuvent- ils nous permettre de dépasser ce 'problème' posé par la langue? Ici encore, la question reste ouverte.


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Les technologies multimédias et le tout numérique, nous rappellent assez que la notion de territoire a su s'affranchir des limites du temps et de l'espace, devenant ainsi une sorte d'abstraction -mais a-t-elle d'ailleurs jamais été autre chose?-. Nous voulons pourtant penser notre travail comme partie prenante d'un pays -Bro-, car nous défendons l'idée d'un théâtre vivant, fait de contacts, de ces liens concrets qui ne peuvent se dessiner qu'avec le temps et que seule une implantation durable peut favoriser, permettant ainsi à la création artistique de prendre tout son sens. Les premiers projets de la compagnie esquissent en même temps un parcours voyageur, résolument tourné vers le 'reste du monde'... Car nous savons l'importance du va et vient, entre territoire et exil, ne serait-ce que parce qu'il est moteur de la création artistique, moteur des visions poétiques, en fragile mais précieux équilibre entre cette géographie du pays natal et celle de l'imaginaire.

"L'universel, c'est le local moins les murs" Torga


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Nous entendons 'transmission' dans son sens le plus ouvert, comme une forme de dialogue et d'expérimentation avec les publics: Parce que nous voulons créer, autour des chantiers de création, une réflexion en lien avec les thématiques de travail, en lien avec les textes et les expériences du plateau, Parce que ce qui est mis en oeuvre au cours des créations doit pouvoir alimenter nos interventions artistiques auprès des enfants, adolescents, étudiants, au cours des stages ou ateliers que nous proposons, Autant que ces 'interventions' doivent pouvoir nourrir notre travail de création, Parce que nous voulons 'mettre en scène' des temps forts de liens & de débats, auxquels nous pourrions convier les plus exclus.

'Le dialogue comme la diversité des cultures ne sont pas donnés une fois pour toutes. Sans cesse ils se travaillent' Kōichirō Matsuura, ex-Directeur Général de l'UNESCO


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Le 'teatr Piba' est une association déclarée loi 1901, dont le siège social est basé à Quimper, et dont l'objet 'est la production, la diffusion et la promotion de spectacles vivants principalement en langue bretonne'.